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Édition de la semaine · Semaine du 1ᵉʳ au 6 juin 2026

Édition publiée le

Le choc pétrolier d'Ormuz n'a pas reflué : cette semaine, il se lit dans les comptes publics français, dans un retour mondial aux énergies fossiles, et dans la course à une électricité déjà disputée par l'intelligence artificielle.

International

Trump relance le charbon avec un plan à 700 millions de dollars
Charbon

Trump relance le charbon avec un plan à 700 millions de dollars

Donald Trump a annoncé jeudi 4 juin un plan de 700 millions de dollars (603 M€) pour l'industrie du charbon : modernisation des 14 centrales et 42 mines existantes, construction de deux nouvelles centrales en Virginie-Occidentale et en Alaska, et création d'un terminal maritime à Oakland (Californie) destiné notamment à l'exportation. Objectif affiché : faire face à la hausse de 50 % du prix du pétrole provoquée par la fermeture du détroit d'Ormuz, par où transitent 20 % du pétrole et du gaz mondiaux, une fermeture directement liée à la guerre menée par les États-Unis et Israël contre l'Iran. L'opposition démocrate dénonce un cadeau aux pollueurs « au milieu d'une crise énergétique provoquée par Trump ». Le charbon est la source fossile la plus néfaste pour le climat : il ne fournissait plus que 20 % de l'électricité américaine en 2022, mais représentait encore 55 % des émissions de CO₂ du secteur. Selon une étude publiée dans Science en 2023, la pollution des centrales à charbon américaines aurait causé 460 000 décès prématurés entre 1999 et 2020.

Source : Reporterre

Le négociant Trafigura engrange des profits record grâce au blocage d'Ormuz
Négoce pétrolier

Le négociant Trafigura engrange des profits record grâce au blocage d'Ormuz

Le géant suisse du négoce Trafigura annonce 4,1 milliards de dollars de profit sur le premier semestre de son exercice, clos fin mars, soit plus du double de l'an dernier. La réorganisation forcée des routes de livraison du pétrole, depuis le blocage du détroit d'Ormuz, s'avère extrêmement rentable pour les intermédiaires capables de réacheminer le brut. Le négoce de matières premières prospère précisément quand les flux se dérèglent : c'est le revers, discret mais éloquent, du choc que subissent les économies importatrices. (Article complet sur abonnement.)

Source : Le Monde · Énergies

Sept États démocrates attaquent le « deal » TotalEnergies–Trump sur l'éolien en mer
Éolien offshore

Sept États démocrates attaquent le « deal » TotalEnergies–Trump sur l'éolien en mer

Le 2 juin, sept États démocrates du nord-est (Maine, New Jersey, New York, Connecticut, Vermont, Massachusetts et Rhode Island) ont attaqué en justice l'accord financier conclu en mars entre TotalEnergies et l'administration Trump. Selon ses termes, les États-Unis rembourseraient près d'un milliard de dollars au groupe français en compensation de l'annulation des parcs éoliens qu'il devait ériger sur la façade atlantique, à condition que TotalEnergies réinvestisse la même somme dans des énergies « conventionnelles » (pétrole et gaz) avant fin 2026. Patrick Pouyanné avait défendu un choix de « pragmatisme » ; d'autres européens, comme Ørsted et Equinor, ont préféré poursuivre l'administration plutôt que de transiger. La coalition juge l'accord « manifestement illégal » et en réclame l'annulation, dénonçant un détournement de l'argent public au détriment des besoins énergétiques et des emplois locaux. (Article complet sur abonnement, complété par Reporterre.)

Source : Reporterre

France

L'État, accro aux taxes sur le pétrole, prévient : pas de baisse de TVA sur les carburants
Fiscalité de l'énergie

L'État, accro aux taxes sur le pétrole, prévient : pas de baisse de TVA sur les carburants

Dans un rapport publié le 3 juin, le Conseil des prélèvements obligatoires (rattaché à la Cour des comptes) rappelle un paradoxe vertigineux : en 2024, la fiscalité énergétique a rapporté 59,7 milliards d'euros à l'État (2 % du PIB), dont 39,5 milliards d'accises et 17,6 milliards de TVA, et les énergies fossiles en constituent la part très majoritaire (71 à 87 % du rendement entre 2018 et 2024). Or cette manne est condamnée à fondre : avec l'électrification, les véhicules électriques et la baisse de la consommation fossile, les recettes d'accise pourraient perdre 7 à 10 milliards dès 2030, et 15 à 30 milliards d'ici 2050, jusqu'à un point de PIB, sans que les marchés carbone, eux aussi déclinants, ne compensent. Face au choc d'Ormuz, le CPO douche l'idée d'une « cagnotte » fiscale (la hausse de rendement serait limitée à 200 millions d'euros) et recommande de ne surtout pas baisser la TVA sur les carburants, mais plutôt d'alléger la fiscalité de l'électricité pour encourager l'électrification.

Source : Connaissance des Énergies, Révolution Énergétique & Le Monde

Renationalisation d'EDF : 9,7 milliards « sans utilité démontrée », juge la Cour des comptes
Nucléaire · EDF

Renationalisation d'EDF : 9,7 milliards « sans utilité démontrée », juge la Cour des comptes

Dans un rapport publié le 28 mai, la Cour des comptes juge sévèrement la prise de contrôle à 100 % d'EDF par l'État (juin 2023, 9,7 milliards d'euros) : une opération coûteuse « dont l'utilité n'est pas démontrée ». L'État détenait déjà 83,7 % du capital, suffisant pour piloter l'entreprise ; ni la souveraineté énergétique, ni les besoins de financement n'imposaient une détention totale. Le rachat n'a pas réglé la dette du groupe (51 milliards en 2025) et « n'a apporté aucun financement nouveau », l'argent ayant été versé aux actionnaires sortants, avec une prime de 40 % au-dessus du cours de Bourse, là où une prime de 30 % aurait économisé près d'un milliard. La Cour concède toutefois que la sortie de Bourse a simplifié la structure du capital et apaisé la tension permanente entre les exigences de rentabilité des marchés et les investissements de très long terme qu'exige le nouveau nucléaire.

Source : Révolution Énergétique

Le parc solaire français atteint 33 GW : l'équivalent de 20 réacteurs en puissance
Solaire

Le parc solaire français atteint 33 GW : l'équivalent de 20 réacteurs en puissance

À fin mars 2026, la France compte 33 gigawatts de photovoltaïque installé : en puissance crête, l'équivalent d'une vingtaine de réacteurs nucléaires. Le seuil est symbolique, et la nuance importante : sur le premier trimestre, le solaire a produit 6,6 TWh, soit autant qu'un seul réacteur (Tricastin n°2) sur toute l'année 2024. Puissance installée et énergie réellement produite ne se confondent pas. Le rythme reste soutenu malgré un contexte peu porteur (1 495 MW raccordés au T1, en léger recul de 5 %, tarifs de rachat rabotés, multiplication des prix négatifs). Le marché est dual : les petites installations résidentielles (<9 kW) représentent 74 % des raccordements mais seulement 7 % de la puissance, tandis que les grands projets (>500 kW) concentrent 30 % de la puissance pour 0,3 % des dossiers. L'autoconsommation devient la norme : 62 % des installations consomment tout ou partie de leur production. Le solaire couvre désormais 4,6 % de l'électricité métropolitaine.

Source : Révolution Énergétique

Transition & innovation

Combien d'énergie consomme vraiment l'IA ? Des ordres de grandeur qui donnent le vertige
Numérique

Combien d'énergie consomme vraiment l'IA ? Des ordres de grandeur qui donnent le vertige

La consommation électrique de l'intelligence artificielle reste l'un des grands secrets de l'industrie numérique : aucun grand acteur ne publie de données détaillées, et les trois quarts des modèles génératifs ne font l'objet d'aucune information environnementale, déplore l'Arcep. Des chercheurs (universités de Rhode Island et de Tunis) ont tout de même estimé qu'une simple question à ChatGPT-4 (environ 300 mots) consomme 40 % d'électricité de plus qu'une recherche Google classique, et jusqu'à 67 fois plus pour le modèle chinois Deepseek. À l'échelle macro, la consommation des data centers pourrait doubler entre 2025 et 2030, pour atteindre 3 % de l'électricité mondiale. En France, la puissance demandée par les centres de données grimperait à 4 GW en 2035 et 6,5 GW en 2040, soit l'équivalent de 7 réacteurs ; le seul projet Campus IA en Seine-et-Marne réclamerait à lui seul une capacité comparable à celle de l'EPR de Flamanville. L'électricité décarbonée que tout le monde s'arrache a déjà un nouveau prétendant vorace.

Source : Reporterre

Un conteneur de briques brûlantes pour décarboner l'industrie
Industrie

Un conteneur de briques brûlantes pour décarboner l'industrie

La startup française Epyr a installé sa première unité de stockage thermique chez le papetier Wepa, près de Troyes. Le principe : convertir de l'électricité, achetée bon marché aux heures creuses (par exemple le surplus solaire de midi ou les heures à prix négatifs), en chaleur via des résistances, puis la stocker plusieurs heures dans des briques céramiques réfractaires portées à très haute température, avant de la restituer sous forme de vapeur pour le séchage de la pâte à papier, un poste très énergivore. Le démonstrateur fait 1,3 MW pour 5 heures de stockage. Le modèle devient compétitif tant que l'électricité reste sous 40 à 50 €/MWh face à un gaz à 20-25 €/MWh ; la tension sur le gaz et la multiplication des prix négatifs lui sont favorables. Epyr compte aussi se rémunérer sur les services système de RTE. Une brique simple et éprouvée (chauffer un matériau réfractaire), remise au goût du jour pour absorber les renouvelables intermittentes et chauffer l'industrie.

Source : Révolution Énergétique

Réparer plutôt que remplacer : l'énergie grise, un gisement d'économies oublié
Sobriété

Réparer plutôt que remplacer : l'énergie grise, un gisement d'économies oublié

Chaque pièce d'un véhicule incorpore une « énergie grise » considérable, dépensée lors de sa fabrication. Réparer un élément de carrosserie plutôt que de le remplacer économise de l'ordre de 40 % d'énergie primaire pour l'acier, et jusqu'à 95 % pour l'aluminium. L'enjeu est loin d'être marginal : selon l'Ademe, fabriquer une voiture représente environ 22 tonnes équivalent CO₂ pour un modèle thermique et 9 tonnes pour un électrique, et la fabrication concentre près de 70 % de l'empreinte d'un véhicule électrique sur tout son cycle de vie. Le groupe Covéa, premier assureur automobile français, a quantifié que la seule activité de réparation pèse 20 à 25 % des émissions de son scope 3. Autrement dit, la manière de réparer, c'est-à-dire préserver la matière déjà transformée plutôt qu'en produire de la neuve, devient un levier de décarbonation à part entière. Une illustration concrète d'un principe simple : l'énergie la moins chère et la plus propre reste celle qu'on ne dépense pas.

Source : Connaissance des Énergies

En perspective Un même séisme, la fermeture du détroit d'Ormuz, continue de se propager de proche en proche. Côté pile, les sociétés rebroussent l'échelle de l'énergie : les États-Unis rouvrent le charbon, la demande d'agrocarburants s'emballe, le négoce pétrolier engrange des profits record. Côté face, l'État français découvre qu'il est budgétairement accroché au pétrole (60 milliards de fiscalité énergétique par an) au moment même où il faudrait électrifier, alors que cette électricité est déjà convoitée par les data centers et l'IA. La démonstration, en temps réel, qu'une société thermo-industrielle n'a pas l'énergie pour secteur parmi d'autres : c'est le métabolisme qui relie le budget, l'alimentation, la géopolitique et l'industrie. Quand l'énergie nette se tend, tous les sous-systèmes se tendent ensemble.