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Édition de la semaine · Semaine du 14 au 20 juin 2026

Édition publiée le

Une canicule précoce, qui pourrait égaler 2003, met le système énergétique sous tension (réacteurs ralentis, réseau saturé, plus précaires en première ligne), pendant que la fin de la crise pétrolière reconsacre les fossiles plutôt que la transition.

International

Ormuz rouvre, le pétrole reflue : « les seules gagnantes sont les compagnies pétrolières »
Pétrole

Ormuz rouvre, le pétrole reflue : « les seules gagnantes sont les compagnies pétrolières »

Après plus de trois mois de guerre au Moyen-Orient, le protocole d'accord entre les États-Unis et l'Iran a permis la réouverture du détroit d'Ormuz, par où transite 20 % du pétrole mondial et qui était fermé depuis plus de deux mois. Les premiers navires l'ont franchi mi-juin et le baril a déjà reculé de 2 à 3 dollars en moyenne ; en France, les prix de l'essence et du gazole commencent à baisser après des sommets inédits (Le Monde). Mais le retour à la normale s'annonce laborieux : les stocks mondiaux ont fortement diminué et les effets mettront des mois à atteindre les consommateurs. Pour la chercheuse Layal Mansour, l'accord obéit moins au sort des civils qu'à l'inflation et aux élections américaines de mi-mandat ; « les seules qui ont profité de cette crise sont les grandes compagnies pétrolières ». L'épisode consacre un statu quo fossile, l'or noir au cœur du rapprochement diplomatique plutôt que les renouvelables. Les questions sensibles (programme nucléaire iranien, levée des sanctions) restent en suspens, et les pourparlers prévus en Suisse ont été reportés sine die.

Source : Reporterre

OPEP+ : l'écart entre quotas annoncés et production réelle « devenu béant »
Géopolitique

OPEP+ : l'écart entre quotas annoncés et production réelle « devenu béant »

Sept membres clés de l'OPEP+ ont acté le 7 juin une quatrième hausse mensuelle consécutive de leurs objectifs de production (+188 000 barils/jour pour juillet). Mais l'écart entre quotas annoncés et production réelle est « devenu béant », explique Jérôme Sabathier (IFP Énergies nouvelles) : entre avril et juin, les objectifs ont grimpé d'environ 600 000 b/j alors que la production effective s'effondrait avec la chute des exportations du Golfe, près de 10 Mb/j en moins du fait de la fermeture d'Ormuz. Tant que le détroit restait fermé, ces hausses n'avaient guère de signification : il s'agit surtout d'un signal politique, maintenir l'apparence d'une reconquête de parts de marché et préparer 2027. L'épisode s'accompagne d'un fait historique : les Émirats arabes unis ont annoncé leur retrait de l'organisation, mettant fin à soixante ans de participation. Officiellement un « réalignement stratégique » ; en réalité, la frustration d'un pays qui a massivement investi pour porter sa capacité au-delà de 4 Mb/j (objectif de 5 Mb/j en 2027), bien au-dessus du plafond que lui imposait l'OPEP+.

Source : Connaissance des Énergies

États-Unis : les ménages, variable d'ajustement du marché électrique au profit des data centers
Numérique

États-Unis : les ménages, variable d'ajustement du marché électrique au profit des data centers

Dans une tribune au Monde, le juriste américain Stephen Holmes décrit la fracture grandissante, aux États-Unis, entre le monde de la tech et le mouvement MAGA. Son exemple : le marché de l'électricité. Soumis à une volatilité violente, les particuliers deviennent une variable d'ajustement, tandis que les centres de données voraces obtiennent, eux, des coûts stables. Un fil qui revient toute la semaine : l'électricité comme enjeu de pouvoir, où l'envolée de la demande numérique se paie d'abord sur la facture des ménages. (Article complet sur abonnement.)

Source : Le Monde · Énergies

France

Canicule : EDF ralentit plusieurs réacteurs et cherche à refroidir ses rejets
Nucléaire & climat

Canicule : EDF ralentit plusieurs réacteurs et cherche à refroidir ses rejets

La chaleur rattrape le parc nucléaire. EDF a annoncé réduire la production des centrales du Bugey (Ain) et de Saint-Alban (Isère) à partir du 20-23 juin, faute de pouvoir rejeter dans le Rhône une eau trop chaude sans dépasser les seuils réglementaires (28 °C en aval à Saint-Alban) qui protègent les écosystèmes. Ces baisses, encadrées et anticipées, représentent aujourd'hui 0,3 % de la production, mais pourraient atteindre 1,4 % d'ici 2035 et 1,5 % en 2050 sans adaptation, voire être multipliées par trois ou quatre selon la Cour des comptes. EDF, qui prévoit 8,7 milliards d'euros sur quinze ans, étudie une parade discutée : refroidir une seconde fois l'eau déjà réchauffée par les réacteurs, possible « mal-adaptation ». Autre face du problème, soulevée par le réseau Sortir du nucléaire à partir de documents internes (Le Monde) : les systèmes de refroidissement feraient près de 6 milliards de victimes par an (poissons, crustacés et méduses), un impact que l'électricien conteste.

Source : Révolution Énergétique

Canicule précoce : 784 écoles fermées, et une « hécatombe » sanitaire inégalitaire
Canicule

Canicule précoce : 784 écoles fermées, et une « hécatombe » sanitaire inégalitaire

La France traverse depuis le 17 juin un épisode caniculaire que Météo-France qualifie d'« étendu, durable et intense ». Le service météorologique estime qu'il pourrait avoir « une durée et une sévérité identiques à celle d'août 2003 », sans certitude à ce stade, et lundi 22 juin pourrait être la journée la plus chaude jamais mesurée dans le pays, autant de projections qui restent à confirmer. Plus d'un Français sur deux est d'ores et déjà concerné, dont 3,8 millions de personnes de plus de 75 ans. 784 écoles et collèges ont aménagé leurs horaires, des dizaines d'événements sportifs et la Fête de la musique ont été annulés dans plusieurs villes. Mais la chaleur frappe inégalement : selon un rapport d'Oxfam, elle provoque en moyenne 5 398 décès par an en France, et la mortalité a été 31 % plus élevée dans les dix départements les plus pauvres que dans les dix plus riches à l'été 2025. « Notre système de santé n'est nullement prêt à répondre à cette hécatombe sanitaire grandissante », alerte l'ONG. Sur le terrain, ouvriers du BTP, facteurs et livreurs cuisent souvent sans aménagement d'horaires. La Fondation pour le logement des défavorisés (ex-Fondation Abbé Pierre) dénonce de son côté des passoires thermiques devenues « bouilloires » et une « urgence sanitaire » dans les quartiers populaires (Le Monde).

Source : Reporterre

À un an de la présidentielle, le RN relance le moratoire ENR et défend la climatisation
Politique

À un an de la présidentielle, le RN relance le moratoire ENR et défend la climatisation

Le Rassemblement national replace l'énergie au cœur du débat. Selon Greenunivers, ses députés finalisent une proposition de loi instaurant un moratoire sur l'éolien et le photovoltaïque en métropole : fin des nouveaux soutiens publics, réexamen des contrats existants, suppression du mécanisme de capacité. Sans appels d'offres de la CRE, la plupart des grands projets n'étant pas rentables, ce serait un arrêt de fait de leur développement. Le tout s'inscrit dans un objectif de prix de l'électricité ramené à 50-60 €/MWh via la création d'un « prix national régulé ». En parallèle, sur France 2, le député Franck Allisio a défendu le plan de climatisation du parti en comparant climatiser l'été à chauffer l'hiver. Une analogie en partie fondée côté émissions (mix électrique décarboné à 95 %), mais qui occulte les îlots de chaleur urbains (un climatiseur peut rejeter de l'air à 50 °C dans la rue) et un doublement attendu de la consommation liée à la clim d'ici 2050, selon RTE. Les solutions passives (isolation, protections solaires, ventilateurs) devraient pourtant primer.

Source : Révolution Énergétique

EDF vend ses renouvelables américains pour financer le nucléaire français
Stratégie

EDF vend ses renouvelables américains pour financer le nucléaire français

EDF accélère son recentrage sur le nucléaire français. L'électricien serait en discussions avancées pour céder à l'américain LS Power la totalité de ses 6,1 GW de renouvelables en service en Amérique du Nord (et 19,2 GW de projets en développement), pour environ 4 milliards d'euros, le « projet Lafayette ». De quoi alléger une dette de 50 milliards face à des besoins d'investissement estimés à près de 500 milliards d'ici 2040 par la Cour des comptes. Symbole de ce coût : le nouveau couvercle de cuve de l'EPR de Flamanville est arrivé sur site le 16 juin, douze ans après la découverte de l'anomalie, un excès de carbone dans l'acier forgé à l'usine du Creusot. Pièce de 99 tonnes, il sera installé lors de la première visite complète du réacteur, fin septembre. Le chantier, lancé en 2007 pour une mise en service prévue en 2012, n'a été raccordé qu'en décembre 2024 et a coûté 23,7 milliards d'euros, sept fois le devis initial de 3,3 milliards.

Source : Révolution Énergétique

Prix négatifs de l'électricité : le signe d'une abondance décarbonée, plaide RTE
Réseau

Prix négatifs de l'électricité : le signe d'une abondance décarbonée, plaide RTE

Contre-pied de la semaine : les prix négatifs de l'électricité, de plus en plus fréquents, seraient une bonne nouvelle, plaide Thomas Veyrenc, directeur général économie et stratégie de RTE, auprès de l'AFP. Ils apparaissent quand l'offre dépasse la demande (journées ensoleillées ou venteuses, jours fériés, midi) et signalent une électricité décarbonée, abondante et peu chère. « On a complètement changé de monde. » En 2026, ils sont arrivés plus tôt et plus souvent, portés par une bonne production nucléaire et photovoltaïque. Tant que leur volume reste contenu, ils forment un « bouclier pour le consommateur » en tirant les prix de marché vers le bas, et la situation n'a rien à voir avec une crise des prix hauts. Pour RTE, cette abondance tombe à point au moment où la France engage l'électrification de ses transports, de son chauffage et de son industrie : être en situation d'abondance « a beaucoup de vertus ». Une lecture optimiste à nuancer : l'abondance ponctuelle n'efface ni les coûts de réseau ni l'intermittence.

Source : Révolution Énergétique

Transition & innovation

La France lance le plus gros appel d'offres éolien en mer de son histoire (10 GW)
Éolien en mer

La France lance le plus gros appel d'offres éolien en mer de son histoire (10 GW)

Le gouvernement a publié le cahier des charges de l'appel d'offres éolien en mer n°10 (AO10) : 10 GW mis en concurrence sur onze projets répartis sur toutes les façades maritimes, l'équivalent de huit réacteurs nucléaires, et le plus gros jamais lancé en France. Les candidats ont jusqu'au 12 octobre, les lauréats seront connus en février 2027, juste avant la présidentielle. La Manche concentre 4 GW (trois extensions du futur parc de Fécamp Grand Large), la Méditerranée 3 GW d'éolien flottant, la Bretagne et la façade atlantique le reste ; l'ensemble se partage presque à parts égales entre posé (5,25 GW) et flottant (4,9 GW). Nouveauté décisive : un objectif de prix moyen pondéré sous 100 €/MWh, appliqué non parc par parc mais sur la moyenne des offres retenues, l'État pouvant écarter certains projets si la moyenne dépasse ce seuil. La CRE met en garde contre l'inflation déjà subie par les développeurs et s'interroge sur ce choix d'un prix moyen plutôt qu'un plafond individuel par projet.

Source : Révolution Énergétique

Aux États-Unis, un micro-réacteur atteint la criticité en moins de douze mois
Nucléaire

Aux États-Unis, un micro-réacteur atteint la criticité en moins de douze mois

La startup américaine Antares a fait atteindre la criticité à son prototype de micro-réacteur Mark-0 en moins de douze mois, au laboratoire national de l'Idaho : le réacteur entretient désormais sa propre réaction de fission. Particularité : un refroidissement passif par caloducs au sodium, fonctionnant à pression atmosphérique, qui écarte les risques de surpression et d'explosion de vapeur mais impose une vigilance extrême (le sodium s'enflamme à l'air et réagit violemment à l'eau, à l'origine d'accidents passés, du japonais Monju au réacteur français Rapsodie). L'entreprise vise le R1, un petit réacteur de 100 kW à 1 MW capable de fonctionner plus de six ans sans rechargement, destiné d'abord à alimenter des sites militaires, d'ici 2028. Le micro-nucléaire est un enjeu stratégique pour Washington, dont le Département de l'énergie accompagne onze projets de SMR. Reste l'étape décisive : l'homologation par le régulateur (NRC), que seule la startup NuScale a franchie à ce jour.

Source : Révolution Énergétique

En perspective Le fil de la semaine tient en une tension : un système thermo-industriel qui doit dépenser toujours plus pour se maintenir face à un climat qu'il a contribué à dérégler. La chaleur, exceptionnellement précoce, ralentit les réacteurs là où les fleuves sont trop chauds, sature le réseau quand la climatisation s'emballe, et frappe d'abord les plus précaires : 5 398 morts par an, une mortalité un tiers plus élevée dans les départements pauvres. EDF chiffre à 8,7 milliards le coût de l'adaptation, à quoi s'ajoutent 23,7 milliards engloutis par Flamanville et près de 500 milliards d'investissements à venir : autant de signes que l'énergie nette disponible se paie de plus en plus cher, ce que l'on appelle l'effet Sénèque, une montée lente et une redescente brutale. Pendant ce temps, la sortie de la crise pétrolière (réouverture du détroit d'Ormuz, accord américano-iranien) consacre un retour aux fossiles plutôt qu'une accélération de la transition, et les seules « gagnantes » sont les compagnies pétrolières. À contre-courant, deux signaux d'abondance possible : un appel d'offres éolien en mer record (10 GW) et des prix négatifs de l'électricité que RTE présente comme l'aube d'un « autre monde ». La vraie course n'est pas idéologique : c'est celle entre la vitesse à laquelle on adapte l'existant et celle à laquelle on bâtit la suite.