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Édition de la semaine · Semaine du 21 au 27 juin 2026

Édition publiée le

Une semaine de fournaise qui a tout dit : réacteurs à l'arrêt, gaz rallumé, réseaux qui lâchent : la canicule comme test grandeur nature de notre système énergétique.

International

Pétrole : la détente d'Ormuz, sans le retour de la sécurité
Géopolitique

Pétrole : la détente d'Ormuz, sans le retour de la sécurité

Avec le retour des tankers dans le détroit d'Ormuz, les cours du pétrole sont retombés à leurs niveaux d'avant la guerre au Moyen-Orient. Mais pour l'économiste Patrice Geoffron, la crise aura surtout révélé les failles du système plutôt que de le transformer. L'assurance qui rassurait les marchés depuis les années 1980, à savoir la capacité de réserve de l'Opep mobilisable en cas de rupture, s'est révélée illusoire : l'essentiel de ces marges, logées en Arabie saoudite, aux Émirats et au Koweït, se trouvait précisément derrière le verrou d'Ormuz. « L'extincteur était dans le bâtiment en feu. » La fermeture du détroit illustre ce que des chercheurs nomment l'« interdépendance instrumentalisée » : un nœud logistique mondial transformé en arme. Au Qatar, l'explosion d'un complexe gazier à Ras Laffan, endommagé pendant les frappes, a fait des dizaines de blessés et de disparus. La Chine, très dépendante du Golfe, a encaissé le choc sans grande secousse, en puisant dans le charbon et ses renouvelables. La détente est réelle ; la vulnérabilité, structurelle.

Source : Connaissance des Énergies

États-Unis : les renouvelables dépasseront le gaz dès 2027
Renouvelables

États-Unis : les renouvelables dépasseront le gaz dès 2027

Malgré l'hostilité affichée de Donald Trump envers les éoliennes, les énergies renouvelables continuent de progresser aux États-Unis. Selon le dernier rapport trimestriel de l'Energy Information Administration (EIA), la production d'électricité renouvelable a bondi de 11,1 % au premier trimestre 2026 par rapport à la même période de 2025, tandis que le charbon reculait de 11,4 % et que gaz et nucléaire stagnaient (+1,1 % et +0,9 %). La hausse est surtout solaire (+23,9 %) et hydraulique (+21,9 %) ; l'éolien, lui, peine à dépasser 2 %, signe que les coups portés au secteur ont laissé des traces. Avec 57 GW de capacités renouvelables attendues sur 2026, l'EIA estime que le renouvelable dépassera le gaz naturel dès 2027. En toile de fond, TotalEnergies a renoncé à deux parcs éoliens offshore au large de New York et de la Caroline du Nord moyennant 928 millions de dollars, un accord que sept États démocrates attaquent désormais en justice.

Source : Révolution Énergétique

Europe : 100 milliards d'euros de renouvelables bloqués par les réseaux
Réseaux

Europe : 100 milliards d'euros de renouvelables bloqués par les réseaux

L'Europe multiplie les sites de production renouvelable, mais bute sur un obstacle décisif : le réseau. Un rapport du cabinet AFRY, commandé par l'organisation Beyond Fossil Fuels, chiffre à près de 375 GW les projets en attente de raccordement faute de capacités de transport, l'équivalent de 100 milliards d'euros d'investissements bloqués, répartis entre Allemagne, Italie, Espagne, Pologne, Grèce, Bulgarie, Tchéquie et Royaume-Uni. Le stockage est lui aussi pénalisé, avec 455 GW de projets en file d'attente. Le réseau européen a été pensé autour de centrales au charbon, au gaz puis (en France) au nucléaire, implantées près des grands consommateurs ; l'éolien et le solaire, plus dispersés, imposent de repenser toute l'architecture. La Commission a lancé 1,2 milliard d'euros d'investissements et huit « autoroutes de l'électricité » d'ici 2040, mais l'embouteillage entretient un cercle vicieux : chaque retard de raccordement prolonge la dépendance aux fossiles.

Source : Révolution Énergétique

France

Moins de nucléaire, plus de gaz : le paradoxe de la canicule
Nucléaire

Moins de nucléaire, plus de gaz : le paradoxe de la canicule

La fournaise a frappé le parc nucléaire de plein fouet. Pour respecter les seuils de température des fleuves servant au refroidissement, EDF a arrêté ou réduit plusieurs réacteurs (Golfech, Bugey, Nogent-sur-Seine, Saint-Alban), soit une baisse de production d'environ 2,2 GW, l'équivalent de deux réacteurs ou 3,5 % de la puissance installée. Dans le même temps, la climatisation a tiré la demande, et la part du gaz dans le mix électrique est passée de 1 % le 14 juin à 5 % le 18, contre 2 % un an plus tôt : les centrales à gaz prennent le relais le soir, quand le solaire faiblit. Le paradoxe est entier : ce gaz émet du CO₂ (environ 490 g/kWh, contre 12 g pour le nucléaire ou l'éolien) qui nourrit le réchauffement à l'origine des canicules. EDF chiffre déjà à 1,4 % la perte de production nucléaire possible en 2035 sans adaptation. RTE se veut rassurant sur l'approvisionnement, mais Greenpeace redoute la tentation d'assouplir les normes thermiques des cours d'eau.

Source : Reporterre

Transformateurs qui explosent, foyers sans courant : les réseaux à l'épreuve
Réseaux

Transformateurs qui explosent, foyers sans courant : les réseaux à l'épreuve

Sous l'effet de la chaleur, les réseaux ont cédé par endroits. Dans le Finistère-Sud, un transformateur RTE a explosé à Ergué-Gabéric, privant d'électricité près de 100 000 foyers, une panne « d'une ampleur inédite sur les quinze dernières années », selon RTE. À Guengat, 1 650 habitants ont passé plus de 24 heures sans courant : commerces fermés, cabinet médical privé d'accès aux dossiers et de lecteur de carte Vitale, médicaments réfrigérés menacés, congélateurs branchés sur groupes électrogènes. Dans les Yvelines, une quinzaine de communes sont restées privées d'électricité plusieurs jours, 6 700 foyers encore concernés vendredi soir, pour des raisons qu'Enedis n'avait pas élucidées. Ces incidents donnent un visage concret à un constat plus large : conçus pour les pointes hivernales, les réseaux français découvrent leur vulnérabilité aux chaleurs extrêmes. RTE et Enedis annoncent de lourds investissements pour les rendre plus robustes.

Source : Reporterre

« Le débat sur la climatisation est une diversion »
Adaptation

« Le débat sur la climatisation est une diversion »

À chaque vague de chaleur, la climatisation s'invite dans le débat politique : Marine Le Pen a évoqué un « grand plan clim' », un député RN la qualifiant de « solution ». Pour la sociologue Marlyne Sahakian (université de Genève), spécialiste du confort thermique, c'est un leurre : la clim' réchauffe le climat, émet des gaz à effet de serre, aggrave les îlots de chaleur urbains et creuse les inégalités. « C'est le serpent qui se mord la queue. » Surtout, en focalisant l'attention sur un équipement individuel, le débat « évince le réchauffement climatique » et dispense d'agir sur les causes. La chercheuse plaide pour un usage parcimonieux, en dernier recours, et pour des réponses systémiques : rénover les « bouilloires thermiques », créer des espaces ombragés et des points d'eau, repenser les horaires de travail et d'école au rythme des chaleurs extrêmes. Une adaptation de fond, plutôt qu'une fuite en avant technologique.

Source : Reporterre

TotalEnergies condamné à compter les émissions de ses clients
Justice climatique

TotalEnergies condamné à compter les émissions de ses clients

Après huit ans de procédure, le tribunal judiciaire de Paris a condamné TotalEnergies, le 25 juin, pour non-respect de son devoir de vigilance. La justice ordonne au groupe d'intégrer, sous six mois, les émissions de « scope 3 », celles induites par l'usage des produits vendus et de loin les plus importantes, à la cartographie des risques de son plan de vigilance. L'action, lancée en 2018 par quatre associations (Notre affaire à tous, Sherpa, France Nature Environnement, ZEA) et treize collectivités dont la Ville de Paris, s'appuyait sur la loi de 2017 sur le devoir de vigilance. Le tribunal n'a en revanche pas retenu les demandes de réduction de production (−37 % de pétrole, −25 % de gaz d'ici 2030) ni l'arrêt des nouveaux projets. La Ville de Paris salue une « décision majeure dans l'histoire du droit climatique français ». Pour la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte, citée au procès, « la neutralité carbone d'une entreprise n'a de sens qu'en prenant en compte le scope 3 ».

Source : Reporterre

Présidentielle : l'énergie, ligne de fracture entre les candidats
Politique

Présidentielle : l'énergie, ligne de fracture entre les candidats

À dix mois de la présidentielle, l'énergie s'impose comme une ligne de fracture. Réunis par l'Union française de l'électricité, les candidats déclarés s'accordent sur deux points : réduire la dépendance aux hydrocarbures importés et électrifier les usages. Au-delà, les visions divergent radicalement. La droite et le Rassemblement national misent sur le nucléaire (prolongation du parc, six EPR2, relance des réacteurs à neutrons rapides), le RN ajoutant une hostilité marquée aux renouvelables et au marché européen de l'électricité. Écologistes et La France insoumise visent un système à dominante renouvelable, jusqu'à 100 %, sans toujours en étayer la faisabilité. Le Parti socialiste, lui, hésite : son programme, qui visait huit EPR2 en 2025, ne mentionne plus qu'un « renouvellement partiel » du parc en 2026. En attendant, la ministre de l'Énergie a confirmé de nouveaux appels d'offres pour l'éolien terrestre et le photovoltaïque à l'automne, jusqu'au scrutin.

Source : Révolution Énergétique

Transition & innovation

Le parc de batteries de l'UE pourrait quadrupler d'ici 2030
Stockage

Le parc de batteries de l'UE pourrait quadrupler d'ici 2030

Le stockage pourrait changer d'échelle en Europe. Selon un rapport du think tank Ember, la capacité de batteries de l'Union européenne pourrait quadrupler en cinq ans, passant de 43 GW fin 2025 à 178 GW d'ici 2030. La croissance la plus forte viendrait des grandes installations « utility-scale », multipliées par près de dix (de 12 à 107 GW) ; le stockage « derrière le compteur » des particuliers, majoritaire aujourd'hui, doublerait, freiné par le coût d'achat initial. À cet horizon, les batteries égaleraient presque le gaz pour la flexibilité de court terme : un parc de 178 GW pourrait fournir, sur une heure, plus de 80 % de ce que produiraient toutes les centrales à gaz de l'UE (contre 25 % en 2025), avec des délais de construction plus courts et des coûts plus bas. De quoi offrir une alternative crédible aux centrales à gaz d'appoint, celles-là mêmes qui ont pris le relais pendant la canicule.

Source : Connaissance des Énergies

Au Havre, des pales d'éoliennes de 115 mètres, et une industrie en attente
Industrie

Au Havre, des pales d'éoliennes de 115 mètres, et une industrie en attente

Au Havre, Siemens Gamesa a inauguré, le 15 juin, l'extension de son usine de pales d'éoliennes : 200 millions d'euros investis, 13 000 m² supplémentaires, en partie financés par le crédit d'impôt « industrie verte ». L'objectif : produire des pales de 115 mètres (l'équivalent de trente étages) pour des turbines offshore de 14 à 15 MW, capables d'alimenter chacune plusieurs milliers de foyers. L'usine, implantée depuis 2022, a déjà équipé les parcs de Fécamp, Saint-Brieuc ou Yeu-Noirmoutier et symbolise la réindustrialisation dans l'énergie. Mais l'outil tourne dans l'incertitude : la direction a annoncé un gel des embauches et un plan de charge revu à la baisse, faute de commandes françaises fermes. « Le savoir-faire, on l'a, mais il faut accélérer sur les carnets de commande », résume un syndicaliste CGT. L'industrie se dit prête ; reste à remplir le carnet, au moment où les appels d'offres éoliens redémarrent.

Source : Révolution Énergétique

En perspective Le fil de la semaine se lit en creux dans la chaleur. La canicule n'a pas seulement pesé sur les corps : elle a soumis le système énergétique à un test grandeur nature, et révélé ses contradictions. Au moment précis où la demande de fraîcheur explose, les fleuves trop chauds forcent l'arrêt de réacteurs nucléaires, et le gaz, émetteur, reprend du service pour alimenter les climatiseurs. Refroidir aujourd'hui, c'est réchauffer demain : la boucle se referme sur elle-même. À cette contradiction thermodynamique s'ajoutent deux limites physiques que la semaine a mises en pleine lumière : des réseaux dimensionnés pour le froid hivernal qui cèdent sous la chaleur (transformateurs qui explosent, lignes en surchauffe, pannes en série), et des centaines de gigawatts de renouvelables et de stockage bloqués, en Europe, faute de lignes pour les raccorder. La transition ne bute pas d'abord sur l'ambition, mais sur l'infrastructure : réseaux, stockage, capacité à encaisser les extrêmes. C'est l'enseignement des travaux sur l'énergie nette et les limites systémiques : un système contraint de dépenser toujours plus d'énergie, et d'émettre toujours plus, pour amortir les effets de ses propres émissions, entre dans un cercle où chaque crise en appelle une autre, dans l'esprit de l'effet Sénèque. La détente sur le pétrole, après la crise d'Ormuz, dit la même chose à l'échelle géopolitique : les prix sont retombés, la vulnérabilité demeure.